Colloque Art(s) Société(s) Altérité(s) : Vendredi 22 Novembre 2013

fac2lettre2013

À une époque où nos sociétés sont confrontées à des défis fondamentaux (écologique, politique, inter-culturel, identitaire…), la recherche de nouveaux projets en matière économique, politique, sociétale et philosophique représente plus que jamais un enjeu pour la société et l’Homme.

Dans ce contexte la question des altérités, portée notamment par le monde associatif, artistique, culturel, économique et plus généralement, par les acteurs de la vie informelle en milieu urbain, suscite un intérêt particulier. Dans ce sens, il s’agit d’interroger toutes sortes de travail sur la réalité et de la réalité. De ce point de vue, la réalité ne se conjugue-t-elle pas uniquement au pluriel ?

La question qui se pose à nous (praticiens, chercheurs…) ne convoquerait-elle pas de façon plus ou moins sous-jacente l’art au sens large, c’est-à-dire des manières de penser, de sentir et d’agir se situant plus ou moins aux marges de ce qui est admis tacitement ou explicitement dans l’ensemble de la société ? Ne pouvons-nous pas alors (re)problématiser le mieux-être au travers du prisme d’un art de vivre et d’un art de vivre ensemble ? C’est à travers la question de l’improvisation sous toutes ses formes et dans ses actualités que nous appréhenderons la possibilité de permettre d’inédits rapports à la réalité. 

Après une première journée scientifique organisée le 31 mai 2012 et intitulée :

ART(S) SOCIÉTÉ(S) ALTERNATIVE(S),

Visible à ce lien : http://spraylab.fr/portfolio/ali-khodr-camila-mello-collectif-mergulho-bresilarts-societe-alternatives/

nous poursuivons notre réflexion avec quelques transformations et une reformulation de notre problématique sous le titre :

ART(S) SOCIÉTÉ(S) ALTÉRITÉ(S)

Une journée de recherche croisée, qu’est-ce que c’est ?

Depuis 2012, nous formons autour de l’association Desaxion(s) un collectif pluridisciplinaire réunissant chercheurs, artistes, militants associatifs pour expérimenter et réfléchir autour de nouvelles formes d’inscriptions de l’art dans la société. Ce qui nous préoccupe ici, c’est de savoir comment créer autrement, en inventant par exemple son métier, en recherchant d’autres formes de rencontres avec un public qui ne serait pas assigné à un rôle de consommateur, mais qui pourrait coopérer à la production de formes collectives.

Trouver de l’art, sous d’autres formes, là où on ne l’attend pas (ou plus), et quand on ne l’attend pas…

Ceci nous amène à questionner notre société mondialisée et les manières dont les individus interagissent de manière sensible et créative pour forger et exprimer leur identité, pour se construire, pour trouver une place, habiter le monde et peut-être s’y engager. L’enjeu de cette rencontre est également d’interroger la construction du savoir : sa production et son partage par un plus large auditoire. Nous pensons que la créativité à l’oeuvre, non seulement dans le domaine artistique, mais également dans la multiplicité des formes d’engagements associatifs et dans le quotidien de nombreuses personnes nous en apprend beaucoup sur notre époque, ainsi que sur les sensibilités contemporaines. C’est ce savoir que nous voulons mettre en valeur en faisant dialoguer universitaires et praticiens de tous poils. Cette année, nous mettrons l’accent sur les interactions entre art(s) et réalité(s) en nous intéressant, notamment, à l’improvisation et à la forme documentaire.

Lors de la journée ART(S) SOCIÉTÉ(S) ALTERITÉ(S), nous expérimenterons, enfin, de nouvelles formes de partage du savoir en nous confrontant à la pratique « en temps réel » et en donnant très largement la parole au public.

LES INTERVENTIONS

Hervé Marchal – La réalité et le monde : les pièges du relativisme et de l’universalisme

Il est question d’insister ici à quel point le monde ne peut se réduire à la réalité dans la mesure où l’infinie complexité du monde déborde de très loin n’importe quelle réalité humaine. Et pourtant… La réalité, aussi humble soit-elle, peut toucher, sentir, deviner le monde de multiples manières si bien que les logiques du monde peuvent se saisir à travers nos réalités, de façon éphémère ou non. Tout n’est donc pas relatif à des réalités spécifiques, tout n’est donc pas le reflet épuré du monde…

Swan Bellelle – Mon propos.

Face à l’hégémonie de la culture du projet, une réflexion sur l’improvisation s’impose. Ainsi, dans les champs de la formation, de l’intervention sociale, de l’enseignement, il est de coutume de transmettre et d’enseigner des techniques et des compétences visant à rationaliser, définir et séquencer des actions en vue de les évaluer, voire, de les contrôler. Maîtrise, efficacité et légitimité professionnelles en sont quelques corollaires. C’est d’ailleurs ce qui fonde les identités professionnelles de chacun des acteurs.

Bien qu’hégémonique, cette culture du projet suscite néanmoins, depuis quelques années, des interrogations quant à sa pertinence, sa validité. En effet, les attentes initiales suscitées par cette rationalisation des “agirs” professionnels n’ont pas données entières satisfactions quant aux effets et applications escomptées. Elles ont même été l’objet de relativisations si ce n’est de rejet radical.

De nombreuses recherches émergent depuis environ dix ans pour tenter de dégager et d’expliciter la complexité des conduites de projets en tentant de réduire l’irréversible écart qui existe entre ce qui est projeté et ce qui est réalisé. Mais ces recherches tendent toujours à maintenir le mythe de la maîtrise via la technicité rationalisée. Pour ces recherches, l’improvisation est un résidu.

D’autres recherches sont, quant à elles, plus radicales puisque, par réaction, elles tentent d’instaurer un autre rapport aux “agirs” professionnels en faisant la promotion de l’improvisation à tout prix. Elles font du résidu un absolu.

Face à cette alternative binaire, dichotomique du “ou bien ou bien”, nous faisons l’hypothèse que l’agir se situerait, se logerait plutôt “au milieu” (qui n’est pas un “juste” milieu) dans une sorte d’entre-deux, entre deux termes que sont la projection rationalisée “a priori” et l’improvisation engendrée “in situ”.

C’est pourquoi, notre réflexion s’attélera à investiguer cet espacement, nous invitant à prendre en compte le réel, c’est à dire, “ce qui est” (c’est à dire tel que nous le percevons) pour ne plus se focaliser exclusivement sur “ce qui devrait être” (ce que nous concevons, idéalisons, même).

Nous nous garderons cependant de faire de ces termes (projection et improvisation) des “absolus”, des limites figées puisque la méthodologie de projet implique, dès son inauguration, de l’improvisation alors que, cette dernière, n’exclue en rien une quelconque forme de projection.

Ainsi l’espacement de la relation à un milieu (de formation, d’éducation, de création, d’enseignement, de recherche…) instaurerait un espacement invitant les personnes impliquées à expliciter et à s’ajuster au contexte, à la situation, aux commandes, aux demandes, aux personnes. C’est donc à ce prix (car cela coûte et pas que pécuniairement!) que nous pourrons tenter de mieux habiter les milieux que nous traversons dans nos professions mais aussi quotidiennement. Entre projection et improvisation, l’existence est tentative d’habitation (du monde, des relations, d’une profession…), tentative d’ajustement pour habiter des espacements afin d’instaurer un monde commun mais pourtant hétérogène.

Célia Charvet “Sculpter l’habiter. Variations autour des espaces vécus”.

À partir d’un travail d’écriture, Célia Charvet propose de croiser des réflexions, des propositions et des expériences autour des espaces vécus.

Il s’agira d’une expérimentation des pratiques plurielles de l’écriture (allant de la philosophie à la poésie, ou plutôt circulant entre les genres) autour des dimensions de l’habiter, dimensions réelles autant que fictionnelles, à partir d’œuvres d’artistes-habitants (comme par exemple Jean-Pierre Raynaud, Gregor Schneider, Etienne Boulanger…) et d’expériences personnelles.

Thibaut Besozzi – Constructions de la réalité sociale de l’espace semi-public urbain. Le cas des centres commerciaux.

À partir de l’étude ethnographique de centres commerciaux situés en cœur de ville, dans lequel s’est érigé, au quotidien, un phénomène d’appropriation de l’espace et de sociabilité primaire, nous montrons que la réalité urbaine (individuelle et collective) est complexe et multiple. Elle est un construit social quotidien, à la fois pratique et mental qui fait sens pour les individus. Nous répertorions trois « ordres de réalité » – institutionnel, conventionnel, et informel – qui attestent de cette complexité et portent à réfléchir sur nos rapports « alternatifs » à la ville d’aujourd’hui.

Yvain Von Stebut (en dialogue avec Momar Seck et Thomas Guedenet) Micronomade : Rencontres et improvisations radiophoniques.

Micronomade est une aventure radiophonique qui a débuté au Haut-du-lièvre, quartier de la banlieue de Nancy dans le cadre d’une thèse de doctorat en arts-plastiques. À l’origine j’ai souhaité explorer les marges sociales (banlieues, non-lieux, espaces de créations indépendants) pour interroger les usages sociaux de l’art (HP Jeudi) et l’inscription de l’artiste dans la société française. Après une première phase d’immersion et de rencontres, où l’improvisation a joué un rôle certain, le travail a débouché sur la production d’émissions de radio qui ont permis de relier des personnes, des expériences, des parcours, des mémoires et des désirs. Cette recherche a mis en évidence une autre lecture des périphéries et ouvert des perspectives sensibles et créatives. Dans ce contexte j’ai proposé un type d’intervention artistique fondé sur le son et l’écoute. Sur le plan théorique, Micronomade a permis de formaliser de nouvelles fonctions artistiques comme celles de DJ transdisciplinaire ou d’entremêleur et de définir un champ d’action spécifique : la lutherie sociale.

Nous discuterons avec Momar Seck et Thomas Guedenet autour de ces expériences qui ont mis en résonance notre intérêt commun pour les questions d’interculturalité, d’éducation, de médiation et d’émancipation. Momar Seck produit l’émission Défis Cité Jeunes et Thomas Guedenet réalise des ateliers autour de la vidéo. Nous analyserons en quoi, dans le cadre de projets collectifs, notre rapport au réel et une pratique hybride à la lisière du documentaire nous a permis d’engager une dynamique de création et de partage du sensible.

LES INTERVENANTS

Swan BELLELLE est éducateur spécialisé. Il a été responsable de la formation des éducateurs spécialisés à l’IRTS de Lorraine sur le site de Metz. Il est aujourd’hui Doctorant en Sciences de l’Education et chargé de cours à l’Institut d’Enseignement à Distance à l’Université de Paris 8 (laboratoire EXPERICE Paris 8-Paris 13) au sein du Master Éducation Formation et Intervention Sociale.

Thibaut Besozzi, Doctorant en sociologie, Université Paris-Dauphine, IRISSO, Université de Lorraine, 2L2S.

Célia Charvet est auteure. Sa pratique de l’écriture est plurielle et transdisciplinaire. Docteure en philosophie, elle a consacré sa thèse à la question de l’habiter dans la sculpture contemporaine. Elle a été la directrice adjointe du 19, Centre régional d’art contemporain de Montbéliard tout en menant une activité d’enseignement dans différentes universités, écoles d’art et d’architecture.

Elle enseigne à l’Ecole Supérieure d’Art de Lorraine-Metz, en second cycle, option Art, où elle assure la coordination et direction des mémoires, la valorisation de la recherche et questionne les multiples dimensions de l’espace ainsi que les enjeux de l’exposition dans l’art contemporain. Depuis 2011, elle y a mis en place un séminaire intitulé EQART — L’espace en Question(s) dans l’ART contemporain et co-dirige avec Eléonore Bak l’ARC Microclimats.

Sébastien Coste (sax soprano, ballons de baudruche) est un musicien tangent engagé dans l’improvisation. Il a aimé travailler avec des artistes comme Alfred SPIRLI, Patricia KUYPERS ou Ludor CITRIK et a été attisé par des convoyeurs comme la Compagnie LUBAT, Joëlle LEANDRE ou Steve LACY.

Par chance, il a rencontré son corps grâce à des expériences sensibles avec la danse, la rue, et le clown. Depuis, il tente de cultiver la collision entre les différents médias.

Aujourd’hui, il joue souvent dehors avec le trio SONAR et la FANFARE D’OCCASION et aime mettre en jeu un rituel d’aujourd’hui au sein du trio TRANSPHERE avec la musicienne iranienne Shadi FATHI et le danseur Michel RAJI.

Co-fondateur de la compagnie BROUNIAK, il a créé le solo de théâtre musical «BAUDRUCHE» et co-anime le duo de hiphop féérique PETER PANPAN, ainsi que le légendaire groupe de rock azimuté ROSETTE.

Chéryl Gréciet est chargée des publics et de la programmation culturelle au FRAC Lorraine. Sa formation mêle pratique et théorie autour de la danse contemporaine. Elle a notamment pratiqué professionnellement le Contact Improvisation avec la chorégraphe et danseuse Patricia Kuypers et le plasticien/danseur Franck Beaubois. Elle est Docteure en Arts du spectacle et sa thèse s’intitule : Evolutions et nouveaux enjeux de la théâtralité en danse contemporaine : l’exemple de François Verret et de Sasha Waltz.

Thomas Guedenet. Diplômé d’un Master 2 en Réalisation Documentaire, Thomas Guedenet exerce l’activité d’animateur multimédia au Centre “Le Lierre” de Thionville. Il travaille sur des projets multimédias à dimensions sociales et citoyennes tels wikithionville ou Saisir le changement, pour lesquels il réalise couramment des reportages vidéo, et il participe à l’organisation du festival de films documentaires Le Réel en vue.

Il anime régulièrement des ateliers de réalisation auprès de divers publics, mais surtout avec des enfants et des adolescents, ce qui l’amène à réfléchir sur les enjeux de l’éducation à l’image dans notre société des médias.

Questionnant l’image de l’individu dans la sphère sociale, il a mis en place en 2011 le dispositif self portrait = image de soi,  processus de vidéomaton collaboratif qu’il a décliné à d’autres occasions et sur des thèmes variés.

En parallèle, il confronte occasionnellement sa pratique à d’autres formes d’expressions artistiques par intérêt des rencontres visuelles. Il travaille notamment avec des compagnies de danse contemporaine telles la Cie La Brèche – Aurélie Gandit, la Cie Virgule Flottante et la Compagnie Mirage. Ainsi que l’association Desaxion(s).

Le Éditions Hiatus. Hiatus est une maison d’édition associative née en 2012 en Lorraine. Ce qu’on fait ? (Se) Poser des questions, faute de trouver des réponses. S’attacher à l’Homme et à sa vie en société. Sous quelles formes ? Des éditions au format papier où se ralentit l’actualité, sans périodicité afin de laisser ses information refroidir. Revues, livre, livrets, cahiers, mais aussi expos, concerts et création en direct. Qui on est ? Des initiateurs d’initiatives, des projeteurs de projets, des ramasseurs d’idée et une ambition collective de travail individuel. Une quinzaine de regards qui se croisent sur un format papier. Tous bénévoles. Pour qui ? Pour tous ceux qui souhaitent tourner des pages plutôt que d’actualiser un fil d’actualité. Où ? Un peu partout en France, dans différents points de dépôt. Chez vous via notre site en ligne. Et bientôt dans les kiosque de Nancy ! Les Éditions Hiatus est un projet collectif qui implique tous ceux qui se sentent concernés.

Hervé Marchal, sociologue. Maître de Conférence à l’Université de Lorraine.

Après avoir suivi des études supérieurs de gestion dans une école de commerce et passé plusieurs mois en Amérique du sud, Hervé Marchal, né le 4 mai 1974, s’oriente vers des études de sociologie à l’université Nancy 2. Il soutient en 2004, sous la direction du professeur Jean-Marc Stébé, une thèse de sociologie sur la construction identitaire, sociale et professionnelle des gardiens concierges de l’habitat social. Depuis 2005, Hervé Marchal est intégré au sein du département de sociologie de l’Université de Lorraine comme maître de conférences. Il mène toutes ses recherches dans le cadre du 2L2S (Laboratoire lorrain de sciences sociales) – Axe « Culture et Urbanité ».

Momar Seck est médiateur socio-éducatif et culturel à l’association ASAE Francas au Haut-du-Lièvre. Il assure l’accompagnement éducatif d’enfants et d’adolescents et organise de nombreuses activités afin de leur proposer des ouvertures artistiques, culturelles, scientifiques et sportives. Militant associatif engagé dans les échanges interculturels et intergénérationnels, il produit avec plusieurs adolescents l’émission de radio Défis Cité Jeunes. Ce projet a pour vocation d’impliquer les jeunes dans une démarche d’expression et d’échange. Ceux-ci réfléchissent au choix des thématiques et participent à des ateliers de création radiophoniques.

Yvain von Stebut. Musicien, plasticien et chercheur, Yvain von Stebut travaille autour des notions de réappropriation, de complicités artistiques et des concepts de méta-mixage et de lutherie sociale. Il est cofondateur de SprayLab, une association de cultures urbaines, active à Nancy depuis 1994. Musicien professionnel (auteur, compositeur, interprète) et formateur, il participe à plusieurs projets depuis 1991, joue sur de nombreuses scènes, compose de la musique pour le théâtre et la danse. Depuis 2007, il produit l’émission de radio Micronomade en lien avec sa thèse de doctorat, à paraître sous le titre : Inventer son métier à la banlieue de l’art. Yvain von Stebut est docteur associé à la ligne de recherche Art&Flux, dirigée par Yann Toma à l’université Paris I Panthéon Sorbonne.